Icônes-Alain

Icônes réalisées par Alain Chenal

Contact : alain.chenalATlibertysurf.fr

Texte de présentation de l’icône de Saint Paul et de Sainte Jeanne d’Arc

Cette icône a été crée à la demande du Père Raphaël Clément, Oratorien de la paroisse St Paul-Ste Jeanne d’Arc de Dijon pour marquer et dynamiser la fusion des paroisses de deux quartiers éponymes contigus, par la vénération conjointe de leurs patrons. Elle a été bénie lors de la messe dominicale de rentrée le 27.09.2020 en l’eglise St Paul et offerte à la paroisse.

St Paul et Ste Jeanne d’Arc.

La représentation sur une même icône de ces deux saints n’était pas évidente vu les grandes différences entre leurs époques, leurs personnes, et leurs missions. En effet :

St Paul, pharisien, est l’apôtre  des « Gentils », des païens de l’époque des premiers chrétiens. Il a reçu sa mission du Christ ressuscité lors de sa conversion accidentelle sur le chemin de Damas (voir les Actes des apôtres). Il a témoigné de la résurrection et de la divinité de Jésus en proclamant la Parole de Dieu notamment par ses Épîtres dans tout le monde romain. Dieu a choisi le personnage le plus improbable, pharisien intellectuel, persécuteur violent et le plus acharné des premiers disciples de Jésus, pour être son éminent messager auprès des Juifs et des païens par la force de sa parole et de ses écrits. Il a remplit cette mission, créant et soutenant de multiples communautés chrétiennes jusqu’à son martyr par le glaive à Rome.

Ste Jeanne d’Arc, est aux antipodes de St Paul ; jeune paysanne, vierge, bouleversée par les voix qui lui sont adressées avec insistance, notamment celle de St Michel (le « lieutenant » de Dieu ), Ste Catherine et Ste Marguerite, longtemps réticente à y répondre. Sa mission n’est pas spirituelle mais concrète, historique et en plus très violente, éminemment « masculine » : libérer la France de l’occupation anglaise par les armes et rétablir la royauté de France. Elle doit revêtir des habits et armures d’homme de guerre, porter l’épée et l’étendard, se battre et commander une armée de chevaliers et de rudes soldats et mercenaires. Encore une fois Dieu choisit ce qu’il y a de plus faible, apparemment de moins adapté à sa mission pour réaliser sa volonté ! Enfin elle est restée fidèle à sa foi jusqu’au martyr par le feu. Jeanne personnifie la parole donnée à l’apôtre Paul : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse (2 Cor.12.9) ».

Ce qui les réunit c’est d’abord l’écoute de la volonté de Dieu, exprimée spectaculairement chez Paul par l’apparition de Jésus dans une lumière aveuglante, et discrètement au fond du cœur pour Jeanne. Ensuite c’est l’obéissance à cette volonté malgré des difficultés énormes :

- Paul est décrédibilisé par son passé de pharisien persécuteur et subit de nombreuses persécutions mettant plusieurs fois sa vie en danger, victime des accidents de voyages (naufrage à Malte). Son physique est peu flatteur (Paulus signifie malingre et il se dit « avorton »),

- Jeanne, jeune fille obligée de se familiariser avec le métier des armes, de subir les quolibets des soldats et chefs de guerre, de voyager en terres ennemies, de souffrir de blessures et d’encaisser des défaites, mais surtout de témoigner de sa foi lors de son procès odieux.

Leurs missions et leurs fins sont différentes :
- Paul se bat pour le royaume de Dieu et sa propagation,
- Jeanne a pour mission de reconquérir le royaume de France pour le roi légitime, par les armes,
- l’un est dans le monde spirituel, l’autre dans le monde concret, de la réalité de la société humaine,
- l’un subit le martyr par l’épée, comme un noble romain,
- Jeanne est condamnée au bûcher comme une sorcière hérétique.

Mais les deux sont unis dans le Christ et leurs missions sont complémentaires. Le Christ les a convertis, « retournés » et les a unifiés en eux-mêmes . St. Paul dit : « Dans le Seigneur, jamais l’homme sans la femme, jamais la femme sans l’homme (1.Cor. 11,11). L’humanité est comme une cime dont les deux versants sont le masculin et le féminin s’accomplissant l’un par l’autre. »

- Paul au caractère masculin affirmé, a une réputation de persécuteur féroce contre les chrétiens. Il va se « féminiser », puiser dans son inconscient féminin pour « enfanter » des disciples et de nombreuse communautés, exprimer sa grande tendresse pour ses disciples, et faire l’apologie de l’amour. Il écrit :« le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour » (Rom.138-10).

- Jeanne va se masculiniser, elle est obligée de porter des habits d’homme, une armure très lourde et de faire preuve de vertus dites masculines de courage, de force, d’aptitude au commandement, d’héroïsme dans les combats et de fermeté lors de son procès.

Chacun doit puiser dans ses profondeurs inconscientes les qualités qu’il n’a pas naturellement pour accomplir sa mission avec l’aide de Dieu.

C’est cette complémentarité au service de Dieu et des hommes qu’essaye d’exprimer cette icône.

Présentation de l’icône.

La partie supérieur de l’icône qui représente le monde divin (en bleu) est en forme d’ellipse dont les deux foyers sont St Paul et Ste Jeanne d’Arc. Dieu trinitaire est figuré par trois cercles dont émanent les rayons de l’Esprit Saint représenté traditionnellement par une colombe. L’Esprit Saint les inspire et habite tous les deux, Il est leur force et s’exprime en chacun par son charisme.

Paul est représenté de manière traditionnelle avec sa robe verte et son manteau rouge (les deux couleurs traditionnelles de l’Esprit Saint : vie et amour). De son bras droit il annone Jésus-Christ et harangue ses auditeurs. De sa main gauche, il tient fermement la « Parole de Dieu » qu’il a exprimée et transmise sous forme d’épîtres  aux disciples des différente communautés chrétiennes créées. Ce rouleau est le centre du personnage et les plis harmonieux de ses habits sont comme des lignes de forces émanant de la Parole de Dieu. Ils expriment le rayonnement de cette « Parole » par l’amour. Deux rubans rouges en diagonales accentuent le caractère dynamique de cette parole, vrai bâton de dynamite !

Jeanne est représentée en armure bleutée, l’armure de la foi en Dieu, foi dans les « voix » entendues et en sa mission. Elle est couverte d’un manteau- chasuble blanc lumineux qui, à l’extérieur, indique sa mission royale par les fleurs de lys qui sont aussi le signe de sa virginité. L’intérieur rouge du manteau est semé de flammes de l’Esprit d’amour ardant et allusion à son martyre par le feu. Sa main droite exprime sa modestie et son écoute des voix dans son cœur. Elle serre sur son cœur son épée stylisée. L’épée dans la bible désigne aussi la parole de Dieu qu’elle écoute dans son cœur et met en pratique. Sa main gauche empoigne fermement son étendard blanc de chef de guerre. Il est brodé de sa devise : « Par le Dieu du Ciel »  et de la fleur de lys royale : Jeanne est au service du roi de France mais agit par l’ordre et la force du roi du ciel. Si l'on veut exprimer que son roi intérieur est Jésus, le Christ Roi et sa protectrice Marie on peut écrire leur noms dans cet étendard comme l’hagiographie le fait souvent. D’autres icônes reprennent sa devise « Dieu premier servi ». Mais je pense qu’il faut ici privilégier l’évocation de sa mission historique et l’affirmation que ce qu’elle accomplit est l’œuvre de Dieu, du Roi du Ciel par la force de l’Esprit Saint (la colombe), et non la sienne. Sa mission n’est pas spirituelle comme celle de Paul mais concrète, historique.

La frise du cadre de droite, coté Jeanne, est un entrelacs de losanges verts et rouges (couleurs de l’Esprit Saint en action : vie et amour) , formés de droites (masculines) dont les cotés sont à 30 et 60 degrés sur la verticale. Ce sont les angles des triangles de base de l’Etoile de David à six branches, symbole de la création et d’Israël. On retrouve les mêmes entrelacs coté Paul mais en courbes (féminines). Cela renforce le caractère de leurs missions et manières propres d’agir. Comme dans les églises romanes, des chapiteaux supportent la voûte céleste avec les symboles de leur martyre par lequel ils on directement eu accès au ciel : les flammes du bûcher et le glaive. Au pied des frises on trouve une allusion à leurs appartenances et champs d’action : Étoile de David, symbole d’Israël pour Paul et Fleur de lys, symbole de la France royale pour Jeanne.

La frise du haut est un jaillissement dynamique et jubilatoire de volutes issues de la croix du Christ, symbole du royaume de Dieu qui accueille les martyrs et les élus.

Les deux se détachent dans la partie basse sur un fond en diagonales dynamiques : chemin terrestre teinté de vert (symbole d’espérance et souvenir des prairies de sa jeunesse) coté Jeanne et, côté Paul, teinté d’ocre-chaud en rappel de la chaleur des terres d’orient). C’est aussi une allusion aux nombreux chemins parcourus par les deux pour leur mission. Dans la partie haute on trouve le fond d’or de la lumière divine qui les couvre. Les deux sont réunis par les branches horizontales et verticales de la croix lumineuse du Christ ressuscité. Sa couleur jaune orangée (jaune de la lumière et rouge de l’amour) exprime la gloire du Christ ressuscité dans l’Esprit Saint.

Ensemble les deux saints donnent une image, une « icône » de l’Homme dans sa complémentarité masculin/ féminin, conscient/inconscient, de la nécessite pour l’homme de faire émerger et exprimer sa féminité intérieure, son inaccompli et pour la femme de faire émerger et exprimer sa masculinité intérieure et ainsi trouver chacun son unité en Christ au service de Dieu et de son prochain.

Au niveau d’une communauté paroissiale, on peut transposer cette image comme l’a écrit Paul Evdokimov dans son livre « La femme et le salut du monde » ( Ed. D. de B.) : « Dans leur majorité, les paroisses ne sont pas conscientes de leur vérité transcendante ; tout désir de passer aux réalités signifiées et symbolisées provoque des étonnements et des inquiétudes : tout est moyen, gris, les catéchismes sans flamme, et se dissous dans une société culturelle parce que la femme n’y est pas admise mais employée. »

Pour la paroisse, il s’agit donc de conjuguer et cultiver les vertus de Paul et celles de Jeanne en chacun et collectivement, à savoir :
- comme Paul, être témoin de Jésus-Christ, porteur et diffuseur de la parole et de l’amour de Dieu, inlassablement et avec douceur, par sa personne et sa communauté, partout et notamment aux « païens », aux « périphéries »,
- comme Jeanne, être à l’écoute de la volonté de Dieu au fond de son cœur et de s’y conformer pratiquement pour faire avancer avec force, le « royaume de Dieu sur terre », la présence de Dieu dans sa vie personnelle et son quotidien, la justice et la vérité dans ses relations et dans la société.

Que la vénération de l’icône de ces deux grands saints, patrons de la même paroisse, exprime la vocation des paroissiens d’être à la fois « Paul » et « Jeanne », en eux et autour d’eux . Que l’intercession de ces saints leur en donne le désir, le courage et la force de s’y engager.

Alain, septembre 2020

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