Icônes-Alain

Icônes réalisées par Alain Chenal

Contact : alain.chenalATlibertysurf.fr

Présentation de l’icône d’Anne-Marie Javouhey (1779 – 1851)
fondatrice de la congrégation des sœurs de saint Joseph de Cluny

Cette icône a été créée et réalisée à l’occasion du 70e anniversaire de la béatification d’Anne-Marie Javouhey (15 octobre1950) à Rome, du 170e anniversaire de sa mort (15 juillet 1851) à Paris et de l’année de prière organisée par la congrégation en vue de sa canonisation.

Elle représente Anne-Marie Javouhey (en bref : AMJ) « missionnaire ». Elle est jeune, dans la force de l’âge pour réaliser sa vocation charitable auprès des plus pauvres et des délaissés de la société de son époque, en France et dans le monde, par la création en 1807, de sa congrégation des sœurs de Saint-Joseph de Cluny. Cette congrégation missionnaire, est toujours très présente aujourd’hui dans le monde. En 2020, la congrégation rassemble 2 500 sœurs de 44 nationalités réparties en 413 communautés dans 56 pays.

La dynamique, l’énergie et la détermination d’AMJ apparaissent dans son attitude « en marche ». Elle est penchée vers ces personnes et désigne ses « œuvres », en France et « au-delà des mers » dans les pays où elle implantera ses communautés à la demande des autorités et en obéissance à la Volonté de Dieu. La mer représente cette « distance » qu’elle a dû franchir de multiples fois tant physiquement par les moyens peu agréables et risqués du temps de la marine à voile pour sa mission, que psychologiquement pour se rendre proche des personnes rejetées par la « Bonne société » de l’époque ou victimes de la colonisation. « Nous sommes tous « enfants du même Père » disait-elle. Ce Père est évoqué par la « main de Dieu » bénissante, sortant des 3 cercles symbolisant la Sainte Trinité.

AMJ porte la tenue des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny de l’époque. Sa main droite est tendue vers ses œuvres et sa main gauche serre sur son cœur l’Évangile, la « Bonne Nouvelle » de Jésus-Christ, révélateur de l’Amour de Dieu pour tous les hommes, quelle que soit la couleur de leur peau et leur statut. Elle a « le vent (de l’Esprit Saint !) dans ses voiles » pour leur porter son « océan d’amour ».

Dans des médaillons à gauche sont esquissés les 7 principaux champs d’action ou « œuvres » d’AMJ, entreprises dans un contexte historique très chaotique et souvent violent, malgré la forte hostilité des colonialistes et même parfois de sa hiérarchie ecclésiastique. Les œuvres évoquées concernent :
1. l’instruction des jeunes filles pauvres et orphelines en France,
2. La création de fondations et de communautés et leur envoi en mission au-delà des mers,
3. L’alphabétisation des enfants outre-mer,
4. L’émancipation des esclaves ou anciens esclaves par l’autonomie économique : cultures vivrières, logement propriété familiale, à contre-courant de l’exploitation esclavagiste et colonialiste de l’époque ; méthode expérimentée à Mana,
5 Le soin des malades, pestiférés et « aliénés »,
6. La création de la colonie exemplaire de Mana en Guyane,
7. L’évangélisation des populations et la promotion de prêtres autochtones en Afrique.

Partant de sa Bourgogne natale et de France, ses communautés se sont implantées partout dans le monde, sur les 5 continents symbolisés par un arbre de vie planté dans ces terres inconnues mais chaleureuses, pour être d’abord au service des plus pauvres et pour porter la « libération de l’amour de Jésus-Christ » par l’évangélisation.

L’icône est cernée par un liseré rouge, signe de la présence de l’Esprit Saint, l’Esprit d’amour. Le fond de l’icône est l’or, image de la lumière divine, du monde transcendant et l’auréole d’AMJ teintée d’ocre, symbolise le rayonnement de la « gloire de Dieu » par ses œuvres.

Dans une frise en bas de l’icône, des chaînes symbolisent sa lutte pour l’abolition effective de l’esclavage par un processus graduel permettant l'éducation et l’autonomie économique (se nourrir et se loger)... mais aussi la libération de nos servitudes actuelles, nos esclavages à nous, nos addictions personnelles et collectives pour lesquelles nous pouvons invoquer l’intercession d’AMJ. La croix du Christ ouvre nos entraves et nous libère par son Amour.

Dans la frise de droite, est évoquée la multitude des sœurs anonymes de la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny (SJC) qui soutiennent par leur prière et réalisent au quotidien avec dévouement ces œuvres, encore aujourd’hui, comme au lycée agricole de Chamblanc en Côte d’Or, sur le lieu où AMJ a passé sa jeunesse.

Les couleurs de l’icône s’équilibrent entre le bleu de la spiritualité forte d’AMJ, ancrée dans la Parole de Dieu et l’accomplissement de Sa volonté et les couleurs rouges et chaudes de sa charité concrète animée par l’Esprit Saint.

Alain, 15 Juillet 2021

 

Que la contemplation de cette icône d’une femme de foi pleinement engagée dans son époque et la conscience de l’œuvre gigantesque réalisées dans un contexte historique difficile et parfois hostile de sa propre hiérarchie ecclésiastique, mais « Par obéissance à Dieu et à son Amour pour tous les hommes », nous donne l’espérance pour notre temps qu’avec Dieu rien n’est impossible.

 

« Anne-Marie Javouhey, priez pour nous ! »

 

Vie d’Anne-Marie Javouhey
(synthèse : Alain Chenal 15.07.2021).

Anne-Marie Javouhey est née le 10.11.1779 en Bourgogne, dans le village de Jallanges et a passé toute sa jeunesse dans le village voisin de Chamblanc. Sa famille paysanne est aisée et très croyante. Anne est le 4e enfant d’une fratrie de 6. Elle a 10 ans au moment de la révolution de 1789 et entre en résistance quand celle-ci s'en prend à la religion. En l'absence du curé du village, réfractaire et parti, elle entreprend d’instruire et catéchiser les enfants pauvres des villages. Le 11 novembre 1798 elle se consacre à Dieu au cours d’une messe clandestine. Elle fait deux expériences de vie religieuse en communauté, l'une dans l'esprit des filles de la Charité de saint Vincent de Paul, l'autre auprès d'un trappiste cistercien. En 1800, elle fait un songe dans lequel elle reconnaît sainte Thérèse d'Avila lui présentant des enfants de toutes les couleurs. Ce songe est prémonitoire. Elle fondera sa propre société religieuse.

La vocation d’Anne-Marie Javouhey (AMJ) : l’éducation des jeunes et le service des pauvres. - Création de la congrégation des sœurs de St Joseph de Cluny

En 1805, à Chalon sur Saône avec ses sœurs et quelques compagnes, et avec le soutien du curé de la paroisse Saint-Pierre et de la municipalité, elle fonde une école pour les enfants pauvres. Elle obtient l’encouragement du pape Pie VII lors de son passage dans la ville au retour du couronnement de Napoléon comme empereur à Paris. En décembre 1806, celui-ci signe l’approbation d’une société de St Joseph qui est crée le 12 mai 1807 en présence de l’évêque d’Autun. En 1812, son père qui, après s’être au départ opposé à la vocation religieuse de sa fille, la soutien et lui achète une maison à Cluny où la congrégation prend le nom de Sœurs de St Joseph de Cluny. Elle se développe et AMJ. crée une école à Paris où sa méthode d’enseignement, efficace,bon marché et adaptée aux plus fragiles (elle confie aux élèves les plus doués le soin d’aider les moins avancés) attire l’attention des pouvoirs publics.

L’essor missionnaire 
Éduquer, évangéliser, soigner les plus pauvres en France et partout dans le monde, en particulier dans les colonies françaises et participer à l’abolition de l’esclavage.

L’île Bourbon (actuellement la Réunion).
En 1817, l’intendant de l’Île Bourbon lui demande d’envoyer des sœurs pour les écoles de la colonie. Elle accepte, se remémorant son songe de jeune fille, mais reste en France.
La congrégation prend son essor et fonde bientôt des communautés de sœurs enseignantes et hospitalières aux Antilles, au Sénégal et en Guyane. Deux noviciats naissent, l'un à Cluny, l'autre à Bailleul-sur-Thérain dans l'Oise.

Au Sénégal et ailleurs outre-mer

Après avoir créé un hôpital modèle à Beauvais, le ministère demande à AMJ d’envoyer des sœurs à St Louis du Sénégal où la situation sanitaire est catastrophique, ce qu’elle fait. Mais vu la situation qui se dégrade sur place, elle décide de rejoindre elle-même St Louis où elle arrive début 1822 après un voyage en bateau à voile éprouvant. Elle fonde une communauté à Gorée et découvre à Dagana, dans l'arrière-pays de Saint-Louis, des paysans éleveurs de confession musulmane et s'émerveille de leur piété. elle part en Gambie où elle organise un hôpital, à la demande du gouverneur anglais. Elle poursuit sa route jusqu'à Freetown en Sierra Leone. Elle découvre ainsi une colonie sans esclaves peuplée de rescapés de navires de traite clandestine, arraisonnés par la Royal Navy.
De retour en France en 1824, elle obtient la reconnaissance officielle de sa congrégation par le gouvernement et les évêques d’Autun et de Beauvais. Encouragée et soutenu par les autorités coloniales, elle crée des nouvelles fondations en Inde et à Saint-Pierre-et-Miquelon.

En Guyane à Mana

En 1828, le ministère des colonies lui confie un projet d’établissement au bord de la Mana en Guyane où la situation sociale est critique. Elle prépare ce projet avec soin mais doit faire face à la tentative de prise de pouvoir sur sa congrégation par le nouvel évêque d’Autun. AMJ résiste et elle est réélue supérieure à l’unanimité. Elle part en Guyane accompagnée d’une centaine de personnes dont de nombreuses sœurs, des « engagés » : artisans, cultivateurs, et accompagnée de son frère avec son épouse. Elle y réalise un village agricole chrétien, auto-suffisant, avec écoles, hôpital ,chapelle, cultures vivrières. Elle y accueille des esclaves en fuite qu’elle rachète à leur maître et qu’elle s’engage à libérer au bout de 7 ans et à les installer en propriétaire sur un lopin de terre et dans une maison qu’ils auront construite eux-même. Elle construira aussi une léproserie à proximité de Mana. Elle règne avec autorité, en « bonne maîtresse,  aimée de ces  esclaves »  qu’elle fait enseigner, soigner et catéchiser. Cependant, l’évêque d’Autun et le prélat apostolique de Guyane la poursuivent de leur vindicte et la privent de sacrements pendant 2 ans, ce qui la fera beaucoup souffrir. A son retour en France en 1833 au moment où l'Angleterre abolit l'esclavage dans ses colonies, elle fréquente et est soutenue par les association qui militent en France pour l’abolition de l’esclavage,ainsi que par Lamartine qui soutien son projet.
Elle repart à Mana en 1835 pour y accueillir les anciens esclaves que le Ministère lui demande de prendre en charge, venant de Cayenne où ils étaient exploités suite à leur capture sur des bateaux négriers arraisonnés. Elle les christianise, les initie à la vie moderne de l'époque et leur apprend un métier, avant de les laisser repartir libres au terme de leur engagement . En 1838 elle fait libérer officiellement 185 esclaves noirs de Mana.

Dernier retour en France

Elle revient définitivement en France en 1843 après la libération de tous les esclaves de Mana. Pendant ce temps , trois jeunes africains formés par ses soins, ont été ordonnés et sont devenus prêtres au Sénégal. Elle doit toujours se battre contre les calomnies de l’évêque d’Autun mais poursuit les fondations outremer.
Lors de la révolution de 1848, elle est saluée comme bienfaitrice par les insurgés dont elle soigne les blessés. A sa mort, le 15 juillet 1851, à 72 ans, la congrégation comprend 1 200 religieuses dans 140 communautés, réparties sur les cinq continents. Sa dépouille repose au cimetière du Père-Lachaise et son cœur dans un reliquaire déposé dans la chapelle St Joseph-de-Cluny à Paris.

Canonisation

Le Pape PieXII la proclame Bienheureuse le 15.10.1950 et son procès en canonisation est actuellement en cours.

Conclusion

De 1779 à 1851 AMJ traverse une période de l’histoire de France particulièrement chaotique. Pour assumer la vocation de sa congrégation d’enseignement et missionnaire, elle s’accommode de tous les régimes, depuis la fin de la royauté et la révolution de 1789, la 1ère République et le Directoire, le 1er Empire napoléonien, la Restauration, Louis Philippe et la révolution de 1848 jusqu’au début de la la 2e République où l’esclavage fut aboli. Elle est un acteur de l’humanisation de la colonisation mais aussi de l’abolition de l’esclavage et de l'instruction primaire généralisée. Elle a été persécutée par sa hiérarchie ecclésiastique mais a gardé sa fidélité à L’Église et à sa propre devise : « accomplir la sainte volonté de Dieu ». Sa mission était basée sur l’Évangile et service des plus pauvres dont elle était proche. Elle puisait sa force dans la prière et la confiance dans le Seigneur.
Par son énergie fondatrice et son obéissance à la volonté de Dieu, elle est proche de Ste Thérèse d’Avila qui lui avait promis son soutien. Elle est proche aussi de St Paul dans son amour des païens et son audace missionnaire, son courage dans les épreuves et son souci des communautés créées.

Femme (forte) d’Évangile, grande éducatrice, référence dans la lutte contre l’esclavage et la pauvreté, elle peut encore aujourd’hui inspirer les défenseurs des droits de l’homme, les éducateurs, les associations au service des défavorisés et les gouvernants, en France et dans les pays pauvres.

Alain, 15 Juillet 2021

Sources et références :
Livres : 

- « Anne-Marie Javouhey, apôtre au cœur de feu » du Père Georges Auduc, Ed Salvator 2012,
- « La sainte entreprise », de Pascale Cornuel, historienne, Ed. Alma 2020,
et son site www.annemariejavouhey.com
- BD Anne-Marie Javouhey, Fondatrice de Sœurs de St Joseph de Cluny Ed. Edithéo,
- Le site de la congrégation: https://sj-cluny.org et ses informations.

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