Présentation de l’icône de la périchorèse de l’Amour trinitaire de Dieu :
Cette icône a été inspirée par l’interprétation symbolique que j’ai faite de la mosaïque de style « cosmatesque », en marbre tricolore, visible dans la crypte-rotonde de la cathédrale Saint Bénigne de Dijon, mosaïque attribuée à Saint Guillaume de Volpiano, maître d’oeuvre de l’abbaye romane de l’an mille (voir sur le site « iconesalain » mon album « la symbolique de la mosaïque de St Guillaume »). Cet entrelacements circulaire peut être vu comme une approche par l’image de la périchorèse ou circumincession de la Sainte Trinité (1) , à savoir, de la circulation sans fin et continue de l’Amour de Dieu intra-trinitaire, réciproque entre les trois personnes de la Trinité dans leur communion substantielle.
Ce n’est pas une icône de la Sainte Trinité qui ne peut être représentée en tant que Trinité, car elle est incréée et son mystère est insondable, seulement offert à notre adoration et à notre amour . Mystère qui a cependant été mystiquement expérimenté par Sainte Marie de l’Incarnation (1599-1672) et notre Sainte contemporaine, Elisabeth de la Trinité (voir sa célèbre prière : « O mon Dieu,Trinité que j’adore... »). Seul le Fils incarné en Jésus peut être représenté comme Personne. La représentation du Père, depuis la Renaissance, en viellard barbu est inacceptable en iconographie. Les Personnes divines de l’Esprit Saint et du Père sont suggérés par les cerles centraux et identifiés par des symboles : le yod pour le Père, première lettre du Tetragramme sacré, Yod-Hé-Vav-Hé (traduit par Yavhé), l’Esprit saint par la colombe citée notamment dans le récit du Baptème de Jésus.
Les trois cercles centraux sont bien séparés, indépendants, disposés les uns à coté ou au-dessus des autres alors que leurs trois autres cercles concentriques sont tous tangents entre eux, permettant de passer de l’un à l’autre créant une relation continue symbole de la périchorèse. Aux cercles centraux sont affectées symboliquement les trois couleurs fondamentales : bleu pour le Père-Source et son « Royaume », jaune pour l’Esprit-Saint, rouge pour le Fils, Dieu fait homme.(Voir sur mon site l’« Essai sur le langage symbolique et les icônes. ») C’est à partir de ces trois couleurs de base qu’on peut constituer les sept couleurs de l’arc en ciel, signe de l’Alliance de Dieu et de l’humanité.
Un flot continu d’amour circule entre les trois pôles, comme du Père (Yod) à l’Esprit (Hé) et au Fils (Wav) et du Fils à l’Esprit et au Père conformément au tétragramme sacré YHWH. Ce flot est de couleur jaune orangé, mélange de rouge (amour) et de jaune (lumière), couleurs de l’Esprit Saint. Ce flot est bordé par des bandes colorées reliant les intérieurs et les extérieurs des trois centres, signifiant leurs relations de réciprocité et de procession. La dynamique de ces bandes soulignée par des « germes de vie » créant une circulation . Elles expriment par leurs couleurs : la Vie (le vert) et la Transcendance divine (le violet). Ainsi le Père, la source d’Amour engendre le Fils dans l’Esprit et il s’incarne en Jésus dans le sein de la Vierge Marie et en tout homme à qui le Père envoie l’Esprit à la demande du Fils. Jésus, Sauveur, ayant vécu sa vie d’homme pour faire connaître l’Amour du Père, donne sa vie par amour sur la croix et, ressuscité dans l’Esprit, retourne au Père. Ainsi il permet à l’homme de prendre le même chemin pour entrer dans le royaume du Père. Le plan d’Amour de Dieu est accompli et l’homme avec toute la création pourra entrer dans la périchorèse de l’Amour trinitaire.
Le Christ Sauveur, tient le livre de Vie, il est la parole d’Amour de Dieu, il bénit de sa main droite l’humanité et la création en confessant sa double nature humaine et divine par deux doigts réunis et son unicité en Dieu Trine par la jonction des trois autres doigts. Jésus porte la « clavus ou clavis », signe de sa dignité et de sa mission de Sauveur.
En marge de l’image de la périchorèse, « dansent » des séraphins car le monde angélique, lui aussi créature de Dieu est témoin de cette folie d’amour de Dieu pour les hommes.
Cette icône illustre donc l’admirable circulation de l’Amour de Dieu, interne à la Trinité et communicable à l’homme qui, en Jésus-Christ Sauveur, peut entrer dans cette « danse d’amour » par l’Esprit Saint envoyé par le Père.
Car DIEU EST RELATION D’AMOUR.
Alain Chenal, mars 2024
(1) Le principe de la périchorèse émis en Orient notamment par Jean Damascène, a été formulé en occident sous le terme «circumincession» par Saint Anselme de Canterbury (1033-1109) et adopté au concile de Florence en 1442. Réf. E . Durand : « La périchorèse des personnes divines – Ed du Cerf 2005)